Un soir, j’ai fait auditer mon propre système. L’examinateur : un blogueur.
Ce soir-là, trente minutes d’un blogueur technique sur l’architecture idéale des agents. Les boucles agentiques, qui essaient, vérifient, recommencent. La mémoire persistante, qui fait survivre le travail d’une session à l’autre. Les vérificateurs indépendants. Et le human-in-the-loop : les points où la machine, dans le doute, rend la main à l’humain.
Alors j’ai fait comme avec les restaurants : comparer ligne à ligne avec ma propre maison. Au début de ces marches, la machine était mon miroir. Le miroir de ce soir-là venait de l’extérieur, et c’est de là que vient la validation.
La cible qu’il décrivait, c’est l’état des lieux chez moi. Cette maison a un nom, GENIXCONSEIL, et vous en avez gravi les marches avec moi sans le savoir.
Chaque brique qu’il présentait comme l’avenir a ici un nom de fichier et des mois de service. La mémoire : le manifeste CLAUDE.md, relu à chaque démarrage. Les agents : un orchestrateur qui distribue le travail à ses collecteurs, un par dimension de lecture d’une maison. Les preuves : sept statuts, du fait vérifié à l’hypothèse, un par constat. Le vérificateur : un contradicteur que la machine joue contre elle-même, sur pièces, contre les règles écrites. Il s’appelle l’Adversaire : tant qu’un de ses blocages tient, l’étape reste ouverte. Sur un seul audit, vingt-deux blocages, dont deux ont fait tomber des constats que la machine avait elle-même écrits. Et l’humain dans la boucle, seul regard extérieur à la machine : moi, qui tranche à la sortie.
J’ai 59 ans, je suis cuisinier, et j’ai construit tout ça sans écrire une ligne de code. Par le langage.
Le plus précieux de sa vidéo est une frontière, qui explique bien des déceptions autour de l’IA. La machine sait vérifier seule tout ce qui se mesure : du code, des calculs. Ça compile ou ça casse. Un jugement, un diagnostic, un restaurant ? Là, elle avance à l’aveugle. Elle peut tourner des heures et livrer du plausible parfaitement creux.
La seule issue : que quelqu’un lui donne les critères. Ce qui prouve qu’une carte est cohérente. Ce qui distingue une maison qui fatigue d’une maison qui choisit. Ce qu’un chiffre honnête a le droit d’affirmer, et l’endroit exact où il doit s’arrêter.
Ces critères viennent d’un métier. Les miens ont pris quarante ans.
L’outil est le même pour tous. Ce qui change tout, c’est ce qu’on lui donne à vérifier. Je lui donne des restaurants : une maison lue à distance, sur ce qu’elle publie, ce que ses clients écrivent et ce que les registres enregistrent, pour que son patron sache où il en est.
Le premier regard est offert.
Dites-moi qui vous êtes en quelques lignes, et vous saurez vite si je prends.
L’architecture, tout le monde l’aura dans un an. Les critères, c’est une vie.
Ce qu’il a fallu désapprendre, à cette marche : rien. C’est à ça qu’on reconnaît qu’un système tient.
Sources : l’architecture d’agents décrite ce soir-là recoupe celle qu’Anthropic a publiée le 19 décembre 2024 (« Building effective agents » : des agents qui avancent en boucle sur le retour de leur environnement, un couple qui produit et qui évalue, des points de contrôle où la machine rend la main à l’humain) ; la frontière entre ce qui se vérifie seul et ce qui demande des critères est celle que travaille la recherche sur l’apprentissage par grilles de critères (Gunjal et al., « Rubrics as Rewards: Reinforcement Learning Beyond Verifiable Domains », arXiv 2507.17746, juillet 2025).